Autour de mes 20 ans, j’ai vécu ultraintensément une vie quasi nomade, au rythme du mouvement tekno free (avec tout ce qui va avec) des 90’s. On était un groupe d’une vingtaine de personnes, des garçons, moins de nanas. On bougeait partout en France et autour, on était vraiment libre, et hors système. On vivait en une microcommunauté underground, avec un semblant d’activité normale la semaine.
Une de mes copines était 3 ans plus jeune, et on avait des liens très, très forts. C’est moi qui l’avais fait entrer dans le truc. Au fur des années, on a vécu beaucoup de choses fortes ensemble, des trucs vraiment en dehors des normes : amis qui se tuent en bagnole, pote en HP, potes en taules, surprendre des gens en train de se piquer, øverdøses et mort de gens devant nos yeux, bastons avec des skins, et autres événements assez hardcores.
Mais aussi plein de moments de pure eucharistie et de joies pures : des crises de rire de dingues, des moments d’amour brut sans aucune envie de cul, des semaines à vivre à côté du « monde », des soirées qui durent 5 jours un peu partout, des épiphanies de zinzins…
De toute cette période qui dure grosso modo 3 ans et demi, elle a vécu les deux dernières années avec mon meilleur ami de l’époque. Et mon pote était vraiment une putain d’épave.
Un exemple ? Du genre à se la coller tellement qu’il fait un coma de 8 heures, et que je suis le seul à devoir gérer. Si tu appelles les pompiers, c’est la taule. Ce week-end-là un type leur avait vendu un produit pour un autre. 200 gr. 200 cas de malaises. Une quinzaine de comas (dont deux de mes potes). Deux morts, dont un de l’association de prévention des risques.
Moi, j’étais le « chaman » du groupe, alors je ne déconnais pas avec les produits. Je m’assurais que tout le monde revienne entier et vivant. La morale du groupe, quoi.
Elle, c’était la fille posh, distinguée, la nana au-dessus du game. Ultra intelligente, ultra vive, ultra cynique, mais au fond ultra romantique. Un jour, j’ai passé trois heures à lui démêler les cheveux, j’avais 20 ans tout rond, et sans m’en rendre compte, depuis ce jour, inconsciemment au début, j’ai comparé toutes les femmes que j’ai fréquentées à elle. Et elle était toujours au-dessus.
J’ai mis un long temps à comprendre ce que je ressentais, et quand j’ai compris, j’ai pris mes distances, elle sortait alors avec mon ami, et je ne voulais pas être un briseur de couple ou un fouteur de merde.
L’un et l’autre avons commencé à faire des études, et l’on a levé le pied. On s’est insérés. Finalement, elle quitte mon pote, qui reste bloqué dans le réseau, et elle se trouve un mec lambda. Moi j’avais eu une nana pendant ce temps-là.
Elle me dit une chose importante : « Toi et moi, on se connaît, on se reconnaît, et on se comprend ».
Autre truc : on buvait. Mais, genre, tout le temps. Total, on n’avait pas les mêmes repaires que les autres sur ça. Et quand elle me présente son nouveau mec, j’ai 23 ans, et lui 20, et il ne tient pas deux whiskys-coca sans commencer à se comporter comme un goret, à tripoter des meufs et à se faire refouler des soirées.
Pour moi, c’est un bouffon, mais avec 25 ans de recul, je pense que c’était juste un garçon de bonne famille qui ne gérait pas la picole, comme la majorité des gens « normaux ».
J’ai fini par lui dire ce que je pense de ce type. Pas courageux j’aurais mieux fait de lui dire ce que je ressentais pour elle : c’était MA moitié, la reine de mes jours et de mes nuits. Avec moi, sa vie serait sucre, lait et miel. Ma reine de Saba.
Au lieu de ça, je lui ai dit qu’elle sortait avec un pauvre type, et que, si c’était pour sortir avec un tocard, elle aurait mieux fait de rester avec mon pote.
Fâchée, elle s’est éloignée de moi. Normal.
J’ai essayé de l’oublier. Pas moyen. C’est marqué dans ma chair, dans ma tête.
J’ai recollé les morceaux après quelques années, et nous avions des échanges épistolaires. Elle était à l’étranger, et j’essayais de revenir dans sa vie. Quand elle revint dans la francophonie, elle s’installa à 6 h de train. Et on rata le fait de se voir IRL.
Depuis 2011, j’ai baissé le rideau. Je suis incapable de vivre une autre histoire. J’ai essayé, avec d’autres, mais ça n’a pas marché. Et ça ne sert à rien de faire souffrir une femme pour rien. Ça serait égoïste.
Et puis au milieu de la trentaine, je lui lâche tout. C’était elle, c’est elle, et ça sera certainement toujours elle. Une longue lettre des emails, des coups de fil. Mais on ne se voit pas. Trop loin.
Elle me répond de l’ultra classique : je suis comme un grand frère, un ami important, mais pas d’amour. Une fois les mots sortis, c’est foutu. Impossible de faire rentrer le diable dans la boîte, il n’y a plus de non-dits. Je venais de foutre une balle dans la tempe de notre relation. Même si elle ne le voulait pas, j’ai coupé les ponts.
C’était il y a onze ans. Et je l’aime toujours. Entre-temps, elle a eu un mioche, elle s’est mariée. Elle est directrice de collection loin, moi j’ai un poste de CS+.
Et je pense à elle chaque jour que dieu fait.
Aujourd’hui, je sais plus comment faire. J’ai envie de faire 6 h de train, et de la trouver pour lui dire que j’ai beau y faire, ça ne passe pas, face à face. Je crois que ça fait 20 ans que je n’impose pas mon style, et que je devrais avoir ce courage. Mais je ne veux pas non plus foutre la merde dans sa vie, je veux qu’elle soit heureuse.
Et l’on ne va pas se mentir, je me fais zéro illusion, elle ne va pas tout abandonner pour partir avec moi, et elle ne m’aime toujours pas.
Bref, c’est le bordel.

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